Une seule piste vous manque...

Certains ont pu s'amuser, d'autres s'offusquer, de l'entêtement des élus et militants écologistes et de nombreux amoureux du vélo à se mobiliser pour défendre la piste cyclable de la rue du Cygne, récemment supprimée par la municipalité thionvilloise actuelle. Sans vouloir à nouveau passionner le débat, nous souhaitons lever la tête du guidon et expliquer pourquoi la disparition de ces quelques centaines de mètres de bitume balisés revêtent pour nous une importance capitale.

Rien ne se fait en un jour

Parmi les arguments utilisés par l'équipe municipale, figurent la faible utilisation de la piste et son isolement au sein du réseau cyclable de la ville. Aux yeux de nos élus, cela justifiait donc la suppression de cette voie et son retour à la circulation automobile.

C'est oublier que rien ne se fait en un jour. Cette piste était amenée à s'insérer dans un vaste réseau de voies cyclables quadrillant Thionville, planifié par l'administration municipale précédente. Plutôt que d'organiser un énorme chantier, il a été décidé de profiter, autant que possible, d'autres travaux de rénovation urbaine pour installer ces nouvelles pistes. Ce qui a été par exemple le cas avenue Albert Ier où le vélo a naturellement été intégré au nouveau plan d'aménagement de la voirie. Cette approche, loin de toute entreprise pharaonique, permet de limiter le coût, les nuisances et l'impact environnemental des aménagements pour le vélo en ville.

Le cyclotourisme, c'est bien ; la mobilité douce, c'est mieux

En réponse aux premières mobilisations et réactions des élus de la minorité municipale, notamment les écologistes, la mairie actuelle a précisé qu'elle présenterait d'ici la fin de l'année un plan cyclable pour la ville.

Au vu du sort réservé à la piste de la rue du Cygne, il nous appartient d'exercer une vigilance citoyenne quant à ce projet. Il serait en effet bien facile de réaliser un plan a minima, juste pour faire taire les opposants et honorer une promesse de campagne. Pire encore, la faible utilisation d'un réseau limité et mal conçu pourrait justifier l'arrêt de tout investissement dans ce domaine. Nous demandons donc des tracés pertinents à travers la ville, et n'empiétant principalement pas sur les espaces pédestres. Il nous semble absurde et dangereux de confronter piétons et cyclistes, tous deux acteurs d'une mobilité durable.

Pour nous écologistes, la place du vélo en ville va bien au-delà du simple cyclotourisme le week-end sur les berges de la Moselle. Il doit permettre de se déplacer facilement et dans un maximum de sécurité pour réaliser des trajets urbains et remplacer la voiture en ville. Le vélo devient alors un vecteur important d'une mobilité urbaine "douce" (sans pollution, sans bruit), avec des effets bénéfiques en terme de santé publique et permettant à terme de reconquérir pour l'agrément de tous des espaces urbains aujourd'hui dévolus à la seule voiture.

Quitter le modèle du tout-voiture

C'est bien là ce qui transparait malheureusement dans la livre-programme de la municipalité actuelle : une vision de la ville où le développement économique et les schémas urbains passent par l'avènement du tout-voiture. Cela se traduit aujourd'hui par la gratuité du stationnement automobile dans tous les parkings du centre-ville, demain d'une réorganisation de cet espace pour y dégager de nouvelles places de parking. Ces mesures vont pour nous écologistes à l'encontre des engagements de campagne visant à "limiter la pollution, les gaz à effet de serre et réduire les nuisances sonores".

Pourtant, même dans sa famille politique d'origine, la vision pompidolienne d'une ville devant s'adapter au diktat de l'automobile est surannée. En témoignent les positions prises par exemple par Mme Kosciusco-Morizet lors des dernières municipales à Paris pour développer la circulation douce (sécurisation des piétons, conception de vraies cyclables, modernisation des transports électriques et collectifs).

Privilégier les riverains, clients fidèles

Mais la sortie du tout-voiture n'est pas qu'une question idéologique : elle a aussi une influence directe sur la vie et la santé économique du centre-ville. Même gratuit, le stationnement automobile urbain reste plus compliqué et plus incertain que dans les grandes zones commerciales qui entourent Thionville. Ne parlons même pas des facéties du climat lorrain qui, même en plein été, pourraient parfois décourager les visiteurs les plus téméraires. Les résultats de la gratuité du stationnement comme des opérations visant à attirer frontaliers et luxembourgeois au coeur de notre ville restent, comme le temps, bien mitigés : un peu plus de visiteurs, mais pas vraiment plus de clients.

Seuls ses habitants sont à même de pérenniser le dynamisme d'un centre-ville, à condition que pour eux les commerces de proximité restent facilement accessibles, tant sur le plan matériel que financier. Ils sont alors des clients fidèles, achetant peu (car ils se déplacent à pied ou à vélo) mais régulièrement ; à l'opposé des automobilistes qui viennent se garer en centre-ville pour y flâner "s'il fait beau" ou "pour faire les soldes". Favorisons les modes de transports utilisés par les riverains et développons une offre de services commerciaux complète et cohérente pour cette population.

Repenser le rôle du centre-ville

De la suppression d'une piste cyclable, nous voici donc à repenser le rôle du centre-ville. Décidément, les écologistes ne peuvent s'empêcher d'inscrire leur réflexion dans un ensemble plus global !

Ni centre commercial, ni centre d'affaires, ni quartier "gentrifié", le coeur de notre ville doit avant tout être un espace d'habitation et de vie. Il doit refléter toute la mixité sociale et offrir un ensemble cohérent d'activités, de services et de magasins accessibles au plus grand nombre. Et pourquoi pas développer une identité propre, autour de commerces de proximité travaillant avec des circuits courts, ou développant une économie du partage, de l'occasion et de la réparabilité...

Guillaume-Jean Herbiet